HISTOIRE DU DÉBUT DE LA MATAPÉDIA


C'est en 1694 exactement, qu'une certaine portion du territoire de la Vallée, la Seigneurie du lac " Matapéguia" avait été concédée par Louis de Buade, compte de Frontenac, Gouverneur du Canada, au nom des rois de France, à Charles-Nicolas-Joseph d'Amours de Louviers. Mais il faut dire que pas un seul seigneur ni colon ne vinrent s'établir dans les limites de ce vaste domaine avant l'année 1833.

En 1815, M. Joseph Bouchette fut le premier blanc à pénétrer la forêt matapédienne. Ce territoire s'étendait alors de Métis à Restigouche. Cet arpenteur, envoyé par le gouvernement du pays, écrivait dans son rapport que " La Vallée-de-la-Matapédia est une terre fertile et appelée à devenir un centre important agricole ". En 1831, M. Bouchette écrivait qu'il y avait encore personne pas de route, pas d'habitant. Le développement de ce secteur est dû en grande partie à la construction de trois routes: La route Kempt, le chemin de la Matapédia et la construction du chemin de fer Intercolonial.

En 1812, il y eut la grande guerre américaine et l'invasion du Canada. On dût reconnaître alors l'opportunité d'avoir de bonnes routes. Le chemin du Lac Témiscouata était devenu impraticable et on songea à construire une route, celle passant par la Vallée Matapédienne.

C'est donc en 1824 que M. James Crawford fut chargé, sous l'administration de Sir James Kempt, de faire lui-même une exploration dans la Vallée. Cette route devrait servir autant pour les fins militaires que pour celles du service des postes. Dans son rapport, il mentionne qu'avec très peu de travail et des dépenses bien peu considérables, on pourrait faire un chemin très convenable entre Métis et le lac Matapédia. Un simple chemin de pieds serait déjà d'une grande utilité pour le public. D'autre part, les Sauvages de Restigouche (comme on appelait la communauté autochtone), disaient que le meilleur endroit pour faire une route du lac Matapédia à Restigouche, serait à l'ouest des montagnes qui bordent la rivière Matapédia. Notes importantes ici, il faut dire que seuls les Micmacs de Restigouche venaient à l'intérieur de la Vallée, ils venaient faire la chasse et la pêche sur les bords du grand lac, qu'ils atteignaient en canot par la rivière Matapédia.

Pour la construction de la route, certains étaient d'avis que le tracé près de la rivière, à partir des Fourches (Causapscal) jusqu'à Restigouche, était le meilleur. D'autres voulaient passer à l'intérieur des terres.

Après plusieurs discussions, c'est donc en 1829 que Wlm. Mac-Donald, accompagné d'un arpenteur, fit la première exploration en vue de la construction du chemin Kempt, ainsi nommé en l'honneur de Sir James Kempt, gouverneur du Canada, le promoteur de cette grande entreprise. Les travaux commencèrent en 1830 sous la surveillance de Wlm. Mac-Donald et du Major Wolfe.

La route proposée avait une longueur de quatre-vingt-dix-sept milles et s'étendait de Métis jusqu'à Restigouche. Commencée en 1830, elle fut terminée en 1832 au coût de 29 064 $.

À l'automne 1832, le chemin Kempt devait être terminé, mais en réalité, il n'était qu'ébauché. D'Amqui à Restigouche, c'était une succession de bourbiers et de précipices. Pendant de longues années, surtout en hivers, des chiens attelés à des traîneaux remplaçaient les chevaux pour le service du transport des postes. Voilà ce qu'était le chemin Kempt.

De nombreux accidents se produisirent pendant et après la construction. Des voyageurs moururent de froid et de misère et d'autres se noyèrent. Pour parer à ces malheureux accidents, en 1833, le parlement du Canada avait demandé au gouvernement Impérial de l'autoriser à placer sur le chemin Kempt quatre postes avec autant de gardiens pour recevoir les voyageurs et les postillons et leur porter secours, en cas de besoin. M. Pierre Brochu fut le premier à se fixer à la Tête du lac(Sayabec). Il fut aussi le seul colon de la Matapédia pendant six années. M. Brochu remplit sa fonction de 1833 jusqu'à sa mort en 1871.

Quand au " Petit Lac " (Lac-au-Saumon) l'indien Para remplit probablement cette fonction en 1839. Finalement, M. Pierre Brochu fils, alla le remplacer et y demeura jusqu'en 1853.



CHEMIN MATAPÉDIA (nouveau tracé de la route Kempt)

De Causapscal à la Matapédia, la route est devenue impraticable et après plusieurs plaintes, on décide donc de changer le tracé. Si le chemin Kempt fut terminé en 1832, dès 1838 une requête avait été présentée à Lord Gosford le priant de faire exécuter un nouveau tracé du chemin Kempt depuis les " Fourches jous'à Restigouche " et de faire suivre les rives de la rivière Matapédia au lieu de passer à l'intérieur des terres. La première phase fut réalisée de 1857 à 1862. En 1862, ce n'était pas encore une belle route mais on l'avait améliorée beaucoup. Heureusement pour la Vallée, un incident devait décider le gouvernement à faire, sur les bords du lac et la rivière Matapédia, la plus belle des voies de communication du pays.

Pendant la guerre de Sécession des États-Unis, le gouvernement prit la décision de faire du chemin Matapédia une route militaire parfaitement construite, munie de ponts assez solides pour porter l'artillerie lourde. Ces travaux ont été exécutés de 1862 à 1867. M. Arthur Buies l'a parcourue en 1895 et, disait-il, " j'ai ressenti d'agréables impressions en la parcourant ".

Il n'y avait en 1862, à partir des bords du lac à Restigouche, que sept à huit familles. Et en 1876, le " cheval de fer " parcourait dans la Matapédia.


Source : Notes historiques sur la Vallée de la Matapédia
Auteur: l'Abbé Jos. D. Michaud 1922