Amqui


Texte écrit par l'Abbé Jos. D. Michaud en 1922


       Ici la scène change. Une longue suite de monticules, de mamelons, de ravines et de gorges se succèdent avec une monotonie désespérante. Cette nature a été horriblement tourmentée à l'époque des formations géologiques, sous la pression du glacier continental. Ce doit être ici surtout qu'Arthur Buies a vu ces " vagues de terre " qui l'ont si singulièrement frappé dans sa visite de la Vallée. Ici le lac Matapédia a disparu, et une rivière de moyenne importance, la rivière Matapédia, passe devant le village. Des hommes de progrès ont su cependant utiliser la force motrice de cette rivière pour faire rayonner l'électricité sous toutes ses formes dans toute la région.

       Du côté agricole, c'est la plus belle et la plus prospère des paroisses de la région. Cependant elle est jeune elle aussi. Ce n'est qu'en 1889, comme sa voisine, qu'elle a eu son existence canonique. Pourtant elle a une population de plus de 3000 âmes, avec un village de trois cents familles, érigé en municipalité civile. On vient d'y construire une grande église en pierre et une académie pour les garçons. Pour les filles du village, on a, depuis plusieurs années déjà, un couvent dirigé par les Religieuses du St-Rosaire. Un vent de progrès a soufflé sur Amqui en ces dernières années. Des hommes d'initiative ont doté, non sans luttes épiques, le village d'améliorations que l'on ne rencontre guère que dans les villes les plus importantes.


Légende

La montagne à Fournier

Frédéric Fournier, arpenteur de Saint-Jean-Port-Joli venu s'établir dans la région, se noie sur la rivière Matapédia le 6 juin 1831. Disparu dans les remous, des Indiens découvrent le corps quelques semaines plus tard. On l'enterre au pied de la montagne face à l'endroit où on l'a retrouvé.
Après quelques années, sa famille décide de rapatrier le corps à Saint-Jean-Port-Joli. Ses restes sont exhumés et on les installe sur une voiture tirée par des chevaux. Rien n'y fait, la voiture ne bouge pas d'un centimètre. On décide alors de le transporter dans un canot tiré par 4 indiens. Malgré la force des pagayeurs, là encore, on n'arrive pas à avancer.

Croyant que la montagne avait adopté Frédéric Fournier, on se résigne à l'inhumer de nouveau à l'endroit de sa première sépulture. Encore aujourd'hui, on peut apercevoir sa tombe sur la route 132 entre Amqui et Lac-au-Saumon.